Une sale vous savez quoi

Brigitte Macron, venue soutenir un humoriste accusé de viol et ayant bénéficié d’un non lieu, traite des militantes féministes de #salesconnes.
Elle est filmée (et elle le sait certainement, même si le contenu de la vidéo était surement destiné à être vérifié). Ça se passe en toute décontraction. Les gens rient autour d’elle.
Au début de la vidéo, le mec qu’elle vient soutenir (donc je rappelle, accusé de viol par une jeune femme dont je ne rappellerai pas les symptômes ici car elle a rien demandé, mais bref, il y a de bonnes grosses preuves apparemment pas suffisantes), ce mec dit qu’il a peur.
Déjà, on a un peu envie de lui rappeler (et à tous ceux qui disent, ‘on peut plus rien dire’) ce que c’est, que la peur, pour les victimes. Une anxiété permanente. Une hypervigilance. Des cauchemars. Des réminiscences. La perte de confiance. L’insécurité, ancrée au fond de soi. L’impossibilité de vivre normalement. Travailler, sortir, aimer.

Dire qu’il a peur (de femmes soit disant haineuses ou manifestement, de sales connes), c’est une inversion de la culpabilité, et c’est une technique de manipulation souvent utilisée par les agresseurs.
Donc, au lieu de relever ce stratagème, l’épouse du Président de la République, qui avait fait de son premier quinquennat celui de la cause des femmes, insulte des féministes venues protester la veille lors de la première du spectacle.
Le pire, c’est pas la grossièreté. C’est même pas l’injure faite à des femmes qui défendent les autres (dont Brigitte Macron elle-même quand elle a subi une vague mondiale de harcèlement !). Et qui s’en prennent déjà plein la tronche à longueur de temps – voir la répression de manif féministes fin novembre dernier.
Non, pour moi, c’est la décontraction générale, les rires de l’entourage. Est-ce que c’est vraiment un dérapage personnel, quand on se sait observée ? Ou alors l’expression d’une pensée plus globale, qu’on peut maintenant se permettre d’afficher ?
Je remarque déjà, que dans les journaux, on en parle peu. Je n’ai pas trouvé d’article faisant une anlyse de fond de la séquence, ni sur la page d’accueil du Monde ni du Figaro (par contre, on parle du livre de Sarko).
Sur les chaines d’info, on tente de limiter les dégâts, en attirant l’attention sur la forme du message adressé par les féministes plutôt que sur son fond. Un classique. En gros, on les traite d’hystériques car elles dénoncent la culture de l’impunité et le sort réservé aux victimes.

On les traite aussi de radicales, parce qu’elles interrompent un spectacle. Question radicalisme, on a quand même fait pire (y a des gens qui se font sauter avec des ceintures quand même). Et puis, on peut être contre la censure, et accepter qu’un artiste accusé de faits graves puisse se produire car la justice a décidé de ne pas le juger. Mais on peut aussi décider que l’interruption de son spectacle ne va pas nous empêcher de dormir. Surtout si c’est pour défendre une cause en péril.
En France, sous le deuxième mandat d’Emmanuel Macron, et dans un contexte de montée de l’extrême droite (spoiler : ils sont pas féministes) :
- plus de 90% des plaintes pour viol ou agression sexuelle sont toujours classées sans suite, et 80% des victimes n’osent même pas porter plainte (parce qu’elles ont peur, et savent déjà la galère que ça va être).
- La France a été condamnée en 2025 pour victimisation secondaire (une retraumatisation des victimes lorsqu’elles passent par le système judiciaire) dans plusieurs affaires de viols sur mineures par la CEDH (Cour Européenne des Droits de l’Homme)
- Une femmes subit un viol ou tentative de viol toutes les 3 minutes
- 3 enfants par classe en moyenne sont victimes de violences sexuelles, et les mères protectrices sont souvent celles qui paient pour avoir voulu protéger leur enfant d’un père violent.
- Des manifestations féministes sont réprimées par la police : coups, confiscation de banderoles présentées ensuite à l’envers selon les codes de l’extrême droite
- Les budgets des associations d’aide aux femmes baissent dramatiquement – moins 15% en moyenne entre 2024 et 2025. 70% des association annoncent une situation dégradée de leurs finances, avec des impacts concrets : réduction de l’accompagnement des victimes, permanences juridiques
- Les féminicides étaient en hausse de 11% entre 2023 et 2024, et la tendance en 2025 est inquiétante – environ 40% des victimes ont porté plainte, parfois plusieurs fois, contre leur agresseur, avant d’être assassinées
- Des agresseurs sont mis en lumière et défendus dans les médias car ils sont célèbres, artistes
Et j’ai comme l’impression que, sans les sales connes, ça va pas aller en s’arrangeant.

Arrêtons de dire qu’on ne peut plus rien dire. Manifestement, les représentants du sommet de l’Etat on pas eu le mémo. On vit toujours un déni collectif des violences faites aux femmes – et aux enfants.

Et vous savez quoi ? Au-delà de l’indignation que provoque cette video, ça fait mal. Parce que c’est le déni de beaucoup de souffrance. La perte d’un espoir que le sytème change et défendent les victimes. La vision, un instant, d’une réalité niée.
Au moins, cette séquence devenue virale a le mérite de relancer le débat sur le traitement des affaires de VSS par la justice française.
Pour que ça bouge, soyons des #salesconnes.
Parce que apparemment, là-haut, ils ont toujours pas compris.

Je vous laisse là-dessus.


